dimanche 24 mars 2019

Olangar - Clément Bouhélier




Résumé : Dix-sept ans ont passé depuis la bataille d'Oqananga, où la coalition entre les Elfes et les Hommes a repoussé les Orcs par-delà les frontières.À l'approche des élections, Olangar est une capitale sous tension, véritable poudrière où seule manque l'étincelle. Tandis que les trois candidats noircissent les journaux de leurs promesses, les accidents se multiplient sur les chantiers navals ; les salaires se font attendre et la Confrérie des Nains menace d'engager un mouvement de grève d'une ampleur jamais vue. À leur tête, Baldek Istömin ira jusqu'au bout.Au même moment, Evyna d'Enguerrand, fille d'un ancien seigneur de guerre, débarque en ville pour chercher la vérité sur la mort de son frère, soldat assassiné au Grand Mur dans d'étranges circonstances. Pour l'aider, elle fait sortir de prison Torgend Aersellson, un Elfe banni par les siens et vieil ami de son père. Ensemble, ils se lancent dans une enquête acharnée, qui les mènera des bas-fonds de la cité jusqu'aux couloirs de la Chancellerie et ses arcanes politiques.


Avis : Une histoire en deux tomes, qui nous présente la version mines à charbon et lutte sociale version fantasy. Oubliez les elfes hautains et évanescents, les nains dans leurs mines de mithril et le sociétés basées sur une époque médiévale fantasmée. 

Le style de l'auteur m'a déroutée dans un premier temps : un flashback sur le passé sombre de Torgend, l'elfe déchu, des irruptions des pensées des personnages en italique en plein milieu d'un paragraphe explicatif. Et puis chemin faisant, on s'y fait, le flashback n'est que contextuel et ponctuel, le style apporte au final un rythme particulier mais haletant. 

Les personnages sont particulièrement intéressants, loin des clichés du genre, chacun a sa petite histoire et ses blessures et ses secrets pas vraiment avouables liés à cette fameuse guerre. Torgend, Evyna, Baldek et les personnages qui gravitent autour d'eux évoluent, luttent, enquêtent avec âpreté et acharnement. On s'y attache, on suit leurs aventures avec avidité.

Le contexte général est particulièrement intéressant, l'auteur livre une intrigue sur fond d'intrigues et malversations politiques, le genre de titre que j'aime à citer quand on me dit que la fantasy est déconnectée de la réalité. Les nains, leur syndicat et leurs actions m'ont fait rire, souvent jaune, surtout au vu de notre actualité actuelle. 

Le premier tome m'a davantage plus que le deuxième tome, bien que le second soit une suite directe. J'ai trouvé ce dernier un peu plus mou, un peu alourdi par le sentiment de plus en plus dépressif qui émane des personnages alors qu'ils fouillent toujours plus profondément dans la vase qu'ils soulèvent à travers leur enquête. La fin m'a peu surprise lorsque l'on découvre la cause finale de toutes les malversations - on le sent venir et l'auteur a semé suffisamment d'indice - cependant le traitement et les implications finales sont particulièrement intéressantes. Et surtout, on se demande si de nouvelles aventures en Olangar verront le jour.

Diptyque atypique aux accents de western et de films de Martin Scorcese, Olangar propose une fresque prenante. A découvrir sans modération.



A dévorer

mercredi 27 février 2019

Magie ex-libris, tome 1 : Bibliomancien - Jim Hines






Résumé : Isaac Vainio est un bibliomancien. Membre de Die Zwelf Portenære, les Douze Gardiens des Portes, une organisation secrète fondée par Johannes Gutenberg, il dispose d’une magie très particulière : il peut puiser à volonté dans les livres et en tirer n’importe quel objet du récit. Et Isaac, en vrai fan de science-fiction et de fantasy, préfère par-dessus tout utiliser des pistolets laser, des ceintures-bouclier de Dune et des sabres laser de Star Wars quand les Gardiens l’envoient sur le terrain combattre les menaces magiques qui guettent la Terre.

Sauf que, deux ans plus tôt, manquant perdre la raison et la vie au cours d’une mission qui a mal tourné, Isaac a été mis au placard. Réduit au rang de simple catalogueur, il ne conserve de son ancienne vie d’agent de terrain que Titache, sa fidèle araignée-flamme, qui a la particularité de prendre feu en présence d’un danger.

Son existence rangée bascule le jour où trois vampires débarquent dans sa bibliothèque pour le tuer. Les Gardiens auraient déclaré la guerre aux morts-vivants…



Avis :  Une lecture aux accents très bit-lit, genre que j'apprécie très peu après plusieurs déconvenue. Pour celui-ci, réussite est là ; le côté parodique a nettement contribué à me raccrocher à l'histoire. Entre boutades et références multiples à l'univers SFFF (Science-fiction, Fantasy, Fantastique), le rire est là, surtout lorsque l'on percute certaines références (entre nous, des vampires "Sanguinari Meyerii", appelés "Pailletés", dès les premières pages, ça commence fort et ça promet du bon). Et puis on ajoute des clins d'oeil à Dr Who, je ne pouvais qu'adhérer...

Le personnage d'Isaac et celui de Léna sont réussi. Si on tombe dans une relation "façon bit-lit" - j'entends par là un "je t'aime mais j'ose pas" qui s'étirerait - , l'auteur ne tombe pas dans des travers agaçants, et le personnage féminin qu'est Léna, tout attaché qu'il soit par les lois magiques qui le tiennent, est particulièrement bien campé par l'auteur. Les personnages qui gravitent autour d'eux se dévoilent peu à peu - la psy, les vampires, la cheffe de section des Zwelf Portenaere. J'ai particulièrement aimé la compagne du héros, une araignée-flamme du nom de Titache.

L'histoire en elle-même n'est pas particulièrement compliquée : il s'agit d'une enquête qui se révèlera plus complexe que les constatation de départ. En revanche le gros point fort, c'est le système magique inventé et le principe de Die Zwelf Portaenere : on peut tirer de tout livre les objets tels qu'ils sont décrits, avec les pouvoirs et restrictions qui sont décrits. Forcément, cela pose souci, notamment avec des livres qui proposeraient des objets qui promettraient trop de chose (le Graal par exemple). Il faut donc des garde-fous, que l'on découvrira dans un premier temps à travers les Automates, des assemblages doués de vie. Eux et leur maître (dont je vous laisse découvrir l'identité, côté invention j'ai aussi beaucoup aimé) confèrent au livre un petit côté steampunk assez sympathique. D

Côté style, on a du simple et de l'efficace sans chichi, qui se laisse parfaitement bien lire et qui sait ménager ses effets et maintenir l'attention du lecteur. Il m'a plus d'une fois été assez dur de lâcher le livre. 

En somme, une aventure magique trèèèès plaisante, particulièrement ludique pour ceux qui aiment l'univers SFFF, et presque un parcours de découverte pour qui souhaiterait s'intéresser à certains titres (l'auteur propose une bibliographie des livres cités en fin d'ouvrage). Deux suites sont déjà parues.



C'est du bon !

jeudi 7 février 2019

Power Club, tome 1 : L'apprentissage - Alain Gagnol








Anna Granville est une jeune fille de 17 ans, issue d'une famille très riche et qui questionne peu son mode de vie. Ses parents lui offrent, pour son 17e anniversaire, une entrée au Power Club, le club des super-héros. Adulés par le monde entier, ces jeunes gens se sont vu greffer des "boosters" afin de leur permettre de développer invulnérabilité, force herculéenne et capacité à voler. Tout d'abord critique sur leur propension à devenir des supports de publicité, Anna oublie ses récriminations quand ses parents lui annoncent la nouvelle. Mais elle va découvrir que le Power Club s'est approprié par le pouvoir de l'argent des passe-droit plus que dérangeants...

Une très bonne, une excellente surprise que cette lecture. Très frileuse avec la littérature adolescente et les clichés habituels d'histoires de coeur et d'inimitié, j'ai vite constaté que Power Club ne tombait pas dans ces écueils. L'héroïne, bien loin des portraits d'ado très classiques comme on peut en croiser à la pelle dans les dystopies si plébiscitées, possède d'emblée une patte, une tournure d'esprit drôle, agile, fine qui nous la rend tout de suite attachante. Il en va de même pour sa copine Lisa, gaffeuse invétérée à l'humour acide. Chaque personnage est façonné avec minutie et tous disposent d'une réelle présence.

J'ai longtemps craint que ce premier tome ne soit qu'une longue introduction à la suite. Que nenni. Le lecteur ou la lectrice découvriront le fonctionnement du Power Club, ainsi que les grains de sables qui se sont glissés dans les rouages de leur renommée. L'auteur sait distiller les différentes informations de manière subtile sans passer son temps à les expliquer. On sent qu'un truc ne va pas, que quelque chose ne tourne pas rond, et on se demande quand l'ensemble va se fissurer. 

Petit-à-petit, on glisse d'une histoire de jeunes riches ravis d'être hissés au rang de célébrités au problèmes posés par la détention de super-pouvoirs. Les questionnements sur le rapport aux autres lorsque l'on est invulnérable est particulièrement intéressé, et plus d'une fois Anna vacille sur ses certitudes. Plus intéressant encore, en échange d'interventions musclées pour rétablir une situation de conflit (une prise d'otages, un braquage, etc), les membres de Power Club disposent de "facilités" légales afin d'effacer rapidement tout dommage collatéral. Se posent alors, bien évidemment, des problèmes éthiques, où l'argent de leurs sponsors entre bien évidemment en jeu.

J'ai énormément aimé la façon dont l'auteur intègre les thèmes de la publicité, des médias et des lobbies d'argent à l'ensemble, pour nous proposer un final pas si loin du thriller, émaillé des finasseries juridiques entre l'avocat d' Anna et la directrice du Power Club. Le tout au détriment de mes ongles, que je ne ronge pourtant plus depuis longtemps. 

Un excellent roman donc, pas si édulcoré qu'on pourrait le croire ; écrit avec finesse et intelligence, sans temps mort, et avec des bouts de personnages très attachants dedans. Je conseille vivement. 


Excellent !
 

Les moissonneurs stellaires, tome 1 : Six - Khalysta Farall






Un ouvrage d'aventure stellaire bien sympathique. Les Moissonneurs stellaires ouvrent sur la morne vie de l'éclaireur Cowl, 21 ans, jeune chien fou lâché dans l'espace pour le compte de la Flotte humaine. Sa mission ? Surveiller les sondes de récolte. La particularité ? L'humanité, poursuivie par de vils extra-terrestres, ne peut se poser sur les planètes qu'elle découvre sous peine de se faire éradiquer. C'est donc en fuite perpétuelle et enferrés dans des tâches de survie monotones et (trop ?) bien réglées que se déroule leur vie dans les étoiles. C'est sur une de ces planètes viables que Cowl va croiser une jeune femme extrêmement bizarre, dont la capture lui vaudra d'être recalé à la maintenance pour avoir osé contrevenir aux consignes de récolte habituelle. 

Nous voici donc, lecteur, propulsé.e.s au fin fond de l'univers, au milieu des étoiles, en compagnie d'un héros immature. L'accroche au récit est facile ; la plume de l'autrice est fluide, claire et ses ménager les effets. Cowl est un protagoniste auquel on s'attache très vite, quoi qu'il puisse présenter un côté légèrement agaçant, particulièrement lorsqu'il se fait mener par le bout du né par ladite jeune fille, qui répond au nom de Six. L'apprivoisement de cette dernière se fait moins aisément. Caractérielle et secrète, elle a un peu trop tendance à garder ses secrets pour elle. Cela fait certes partie de l'histoire, mais la frustration est souvent présente. 

L'univers dépeint par l'autrice est plutôt bien imaginé. Cette Flotte humaine en fuite m'a rappelé l'excellente série Battlestar Galactica. Flotte harcelée par les pirates de l'espace et la menace invisible de nos aliens destructeurs. La seule chose que je regrette reste sûrement le léger manque d'arrière-fond à la vie de la Flotte. On l'aperçoit par bribe mais les lieux restent flous et ne contribuent peu à donner une vue d'ensemble satisfaisante. La vie sur les vaisseau pirate est davantage esquissée, et de ce fait marque davantage. J'espère que ces aspects seront davantage développés dans les tomes suivants. 

Enfin, côté action, on n'est pas déçu. De batailles spatiales en luttes contre une faune hostile, le lecteur suit nos protagonistes dans un voyage mouvementé. Malgré quelques longueurs, l'intérêt est là et l'autrice arrive parfaitement à maintenir le suspens jusqu'à la fin, et nous offre une chute pour le moins inattendue et particulièrement intéressante. 

En somme, un space opera qui se laisse lire sans problème et avec plaisir. Peu familière de l'auto-édition, je ne regrette pas d'avoir porté mon choix sur cette trilogie ; et je suis particulièrement curieuse de constater les avancées de l'autrice et de ses protagonistes dans les tomes suivants. Un livre à découvrir surtout pour son côté aventure. Promis, on n'est pas dans de la SF à gros boulons ;)


C'est du bon !

vendredi 1 février 2019

Le problème à trois corps - Liu Cixin





Résumé : En pleine Révolution Culturelle, le pouvoir chinois construit une base militaire secrète destinée à abriter un programme de recherche de potentielles civilisations extra-terrestres. Ye Wenjie, une jeune astrophysicienne en cours de “rééducation” parvient à envoyer dans l’espace lointain un message contenant des informations sur la civilisation humaine. 



Avis : Un livre de science-fiction atypique qui entraîne le lecteur en Chine pendant la Révolution Culturelle et le plonge dans un univers alternatif. Avec son rythme lent et parsemé de termes scientifiques, l'abord de cette histoire n'est pas facile... sans néanmoins tomber dans le rébarbatif. En s'accrochant un peu on découvre une trame riche et dense, et même, on en apprend un rayon en astrophysique - pas forcément un sujet qui me passionne, mais pour lequel je me suis surprise à éprouver de l'intérêt au fur-et-à-mesure de l'égrenage des notions. 

L'entrée dans l'histoire se fait d'abord sous un jour historique : on suit la rééducation de Wenjie. Puis on glisse vers une trame présente et on change de point de vue pour adopter celui de Wang Miao, chercheur en nanomatériaux. Si l'on se demande dans un premier temps le lien avec cette nouvelle trame, celle-ci nous entraîne pourtant dans un thriller haletant où le chercheur se trouve pris entre la résolution de l'énigme d'un jeu vidéo et une enquête policière visant à élucider les mystérieux suicides de plusieurs chercheurs astrophysiciens.

Plus que la résolution finale, grandiose il faut le dire, j'ai énormément apprécié tout le questionnement sur les sciences et leur remise en cause. Comment le bouleversement de principes physiques perturbe tout ce que l'homme a bâti en termes de connaissances et de perception du monde. L'ensemble reste certes basé sur de la fiction, mais les questions épistémologiques soulevées s'avèrent passionnantes. 

Le dénouement de l'ensemble nous montre cependant que ce premier tome n'est qu'une introduction à ce qui arrive. Le tissage progressif que l'auteur effectue du début jusqu'à ce point est mené de main de maître et fait refermer le livre avec des étoiles dans les yeux... Je sais qu'une certaine polémique a eu lieu sur le résumé "spoiler", pourtant Le problème à trois corps est le genre d'histoire qui me paraît très difficilement synthétisable et je vois difficilement comment il aurait pu en être autrement. Et si, certes, j'ai passé tout le livre en attendant l'annonce phare du résumé, reste que sans celle-ci, je suis quasiment sûre que je ne me serait pas tournée vers ce récit. 

En somme un récit dense et exigeant, dont la fin se déguste avec un agréable sentiment d'accomplissement après l'effort.


Excellent


mercredi 5 décembre 2018

L'étrange vie de Nobody Owens - Neil Gaiman






Résumé : Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brulée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...


Résumé : Plongée dans le monde très burtonien de Neil Gaiman à travers les aventures de Nobody Owens. J'ai retrouvé avec plaisir cette ambiance qui m'avait beaucoup plus dans Neverwhere, un brin glaçante, où les personnages de conte de fée ont des crocs et vous font dresser les cheveux sur la tête.

J'y ai également retrouvé cette narration simple et très "graphique" dans sa manière de mettre en scène les lieux, les personnages, les actions, mâtinée d'humour parfois au vitriol ; une narration qui évoque avec succès l'ambiance brumeuse et lugubre de l'accueillant cimetière de Nobody. Côté imagination et clins d'oeil, on est servi, l'auteur se fait plaisir avec les épitaphes des tombes, les énergumènes que celles-ci abritent, des trésors et des méchants aux longs couteaux.

Vampires, vouivres, fantômes, goules, sorcières, tout est là pour un conte à la fois glaçant et chaleureux, à lire emmitouflé dans son pull avec une bonne tasse de thé à portée de main lors d'une soirée de Toussaint.

Quant à l'histoire en elle-même, on a là une fort sympathique aventure, celle de Nobody qui découvre les embûches du monde des morts... mais aussi celles du monde des vivants, accompagnées de leur lot de personnages truculents.

Je reste cependant légèrement sur ma faim en ce qui concerne le dénouement de l'histoire, que j'ai trouvé un peu trop facile. Les Jack étaient une trouvaille assez chouette, je regrette qu'ils aient été si peu exploités tout au long de l'histoire, de même que je regrette que l'idée générale paraisse un peu brouillonne : au final, on ne sait pas bien qui ils sont, ni pourquoi ils font ce qu'ils font... alors que toute l'histoire repose sur les actes de l'un d'eux. L'auteur avait sûrement une idée précise, mais la façon dont cela a été mis en scène m'a paru confuse.

En soi donc, une aventure fort sympathique et particulièrement distrayante, qui tire surtout sa force de l'atmosphère, de l'ambiance que l'auteur tisse autour du lecteur... Même si, dans le même esprit, je lui ai davantage préféré Neverwhere, que j'ai trouvé plus abouti.


Se grignote au coin du feu...

Mes vrais enfants - Jo Walton







Résumé : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès ? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Avis : Mes vrais enfants propose un récit en deux temps, du point de vue de la même personne : celui de Patricia, une vieille dame âgée, qui ne sait plus très bien si elle perd complètement la mémoire, ou si elle a vécu deux histoires, dont les souvenirs de télescopent. Voilà donc le lecteur reparti dans son passé... passé dans lequel elle devra faire un choix qui bouleversera sa vie.

C'est à cet embranchement que l'histoire de divise en deux fils narratifs ; le premier où l'on suit une Patricia effacée, soumise à un mari pétri de religion, paternaliste et aigri, et où elle devient la mère au foyer qui trime toute la journée. Peu à peu, elle apprend à faire un pas de recul, se raccroche à ses enfants, puis fini par prendre sa vie en main et à s'engager en politique et dans des associations. La narration est d'autant plus fine que la brusque révolte à laquelle on s'attendrait ne vient pas ; Patricia subit son sort sans pour autant paraître "faible" : elle va, et c'est ce qui la rend si humaine. C'est un nouvel élément de sa vie qui la poussera à tout réorganiser.

Le second où l'on suit une Patricia émancipée, qui va partir à l'étranger, rencontrer une femme et fonder une famille. Cette Patricia découvre l'homosexualité dans une Angleterre qui la condamne et, au fil du temps, découvre la difficulté de mener une vie de famille, et même une vie tout court sans les droits qui la protègent. L'administration devient une barrière. Pour autant, elle trouve des solutions et continue à avancer.

Un récit particulièrement riche et prenant qui nous fait traverser le 20e siècle sur fond de luttes sociales, de libération sexuelle, d'émancipation des femmes. Les deux histoires de Patricia sont très différentes, mais toutes deux touchent à des sujets traités avec finesse, sans mélo et avec beaucoup d'humanité.

Plus qu'une uchronie, c'est davantage l'histoire d'une femme et celle d'une société ; passionnantes toutes les deux.