mercredi 27 avril 2016

L'Evangile cannibale - Fabien Clavel






Résumé : Aux Mûriers, l'ennui tue aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans, passe le temps qu'il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n'avait vu en rêve le fléau s'abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c'est pour s'apercevoir qu'ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu'eux. Que la chasse commence…



Avis : Un bouquin plutôt court, dans le bandeau m'avait attirée (pourtant, je n'aime pas ça, mais bon…) : papys vs zombies. Avouez, ça peut être drôle. Et puis le résumé avec, tant qu'à faire. Tout cela promettait pas mal.


La Trame

Avouons-le tout de suite, la trame est plutôt poilante, surtout vu le ton adopté d'entrée de jeu : Matt s'ennuie, Matt a décidé de mener la vie dure aux personnes qui s'occupent de lui dans le mouroir où on l'a collé. Et Matt part bon gré mal gré à l'aventure avec les autres pensionnaires, une fois achevée leur quarantaine. 

Le texte est très court et plutôt rapide à lire, et offre, sous forme de journal intime (celui de Matt, même si je pense qu'il n'aimerait pas le terme…), la vision d'un road-movie en fauteuil roulant. Et nous voilà propulsés en plein coeur d'un Paris vide. Même si l'on sait qu'il y a du zombie dans le coin, l'auteur sait très bien jouer avec cette attente, et ils surgissent là où l'on s'y attend le moins. 

Certains passages sont particulièrement savoureux (enfin, à lire hein, parce que je ne vous conseille pas vraiment de lire le livre après un bon repas…), notamment deux, qui m'ont particulièrement marquée : le combat entre Matt et le premier zombie que le groupe croise. Un passage plutôt hilarant, où l'on assiste au duel entre un vieux papi qui n'a plus toutes ses capacités physiques, et un zombie à l'état de délabrement plutôt avancée. Visuellement, c'est plutôt cocasse. Et puis cette scène dans le supermarché, où la pause ravitaillement se termine en course poursuite. 

Nos petits vieux rebelles mènent leur train où ils peuvent, en essayent de trouver âme qui vive. Imaginer l'attelage qu'ils forment avec leurs fauteuils et lits roulants m'a aussi bien fait rire.

L'Evangile cannibale, c'est aussi une vision au vitriol de notre société, évoquée avec un humour souvent acide. La vision de notre société par Matt est particulièrement acerbe (et souvent vraie).


Les personnages

Là encore, du savoureux. Entre Matt, le vieux ronchon persuadé que tout le monde en veut à sa peau et qui sombre progressivement dans la paranoïa, Maglia, qui semble complètement partie dans un autre monde, et tous les autres, avec chacun leurs particularités (Anus Artificiel, le type qui devient tout jaune à cause de son foie défaillant, l'aide-soignant handicapé…), on a là un petit échantillon d'humanité qui, malgré leurs problème, regagne son autonomie autonome là où l'on tentait, dans la maison de retraite, de la leur retirer, et qui finalement ne s'en sort pas si mal face à la menace. 


Le style

Comme je le disait plus haut, l'auteur sait très bien jouer avec les attentes du lecteur. Entre deux phases de voyage où l'on observe surtout un Paris vide, les zombies surprennent plus d'une fois le lecteur. L'humour employé est particulièrement noir, et l'on rit souvent, mais un peu jaune et avec une certaine gêne, parce que ces traits mettent souvent en avant les dysfonctionnement de notre réel. Le road-movie finit en espèce de voyage à moitié halluciné, où l'on ne sait pas bien si ce que nous décrit Matt pourrait être vrai, où s'il a complètement disjoncté. 

Le roman porte amène aussi à porter un regard totalement différent sur les vieilles personnes, que l'on  ne veut pas voir comme elles, sur l'impotence qui leur est attribuée, à tort ou à raison. Je ne sais pas si c'était le but de l'auteur, mais de ce point de vue, il m'a amenée à prendre conscience de plein de choses vis-à-vis de ce sujet.

Un seul petit bémol cependant, dans la façon dont la narration est faite : si l'auteur nous délivre pas mal de pistes de réflexion sur notre quotidien, auxquelles j'ai totalement adhéré, autant je trouve que ces réflexion prennent parfois un peu trop de place, et coupent le fil de l'histoire. Pas bien grave, mais parfois l'ennui me gagnait. 


Le mot de la fin

Un bon petit road movie au vitriol, à découvrir et à savourer. La fin part à mon sens un peut trop en eau de boudin et n'est pas spécialement surprenante si l'on est déjà un peu coutumier des lectures post-apo. Mais, ne serait-ce que pour le voyage complètement barré et les réflexions acerbes de Matt, c'est un livre qui se lit avec plaisir. A découvrir (mais pas après manger ! ;) ).




C'est du bon !

3 commentaires:

  1. J'adore l'idée de ce roman ! Merci d'en avoir parlé, je garde le titre sous le coude...

    RépondreSupprimer
  2. Coucou et merci pour tes messages sur mon blog :)
    Comme j'aime aussi les lectures zombie, j'avoue que le pitch du roman est on ne peut plus original !
    Si les zombies sont lents... que se passe-t-il si on les met face à des personnes lentes elles aussi ? :D
    Il va rejoindre ma wishlist celui-la. As-tu lu Décharnés, dont on entend beaucoup parler en ce moment ?

    RépondreSupprimer
  3. Coucou les filles, merci pour vos retours :)

    @Tiamat > Non, je n'ai pas lu les Décharnés, mais je crois que je vais aller jeter un oeil. Merci du tuyau ;)

    RépondreSupprimer