jeudi 31 mai 2018

Rois du monde, tome 1 : Même pas mort - Jean-Philippe Jaworski

 




Résumé :  Je m'appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Pendant la guerre des Sangliers, le haut roi, mon oncle Ambigat, a tué mon père. Ma mère, mon frère et moi avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu'il n'est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s'est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : il nous a envoyés, mon frère et moi, guerroyer contre les Ambrones. Dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril, et je suis tombé dans un fourré de lances. Mais l'impensable s'est produit : je ne suis pas mort.



Avis :  Une petite relecture qui ne fait pas de mal avant de me lancer dans le tome 2. Avec une trame aussi dense, Même pas mort exigeait que je me remette dans le bain. C'est chose faite, et je ressors de cette immersion tout aussi émerveillée que lors de la première fois. 

J'ai aimé cette immersion dans un monde celte brumeux et verdoyant, inquiétant, peuplé de dieux, d'hommes-bêtes, de légendes. J'ai aimé la finesse et les jeux narratifs déployés par l'auteur. Plus on a l'impression de se perdre dans les méandres de l'histoire de Bellovèse, et plus on est émerveillé de voir les fils se réunir en un seul à la fin. 

J'ai aimé ce constant jeu sur les frontières, les seuils, les limites entre les mondes, ceux de la vie et de la mort, du rêve et de la réalité. J'ai aimé les femmes de ce roman, qui ne s'en laissent pas compter, loin de là. J'ai aimé la fin, la clôture inattendue de l'ouvrage.

Un ouvrage emplit de féerie et dont on ressort cotonneux, avec l'impression de sortir d'un songe un peu moite, sans plus trop savoir nous-même ou l'on en est.

A découvrir de toute urgence.



Coup de coeur


samedi 5 mai 2018

La désobéissante - Jennifer Murzeau







Résumé : Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu'elle est enceinte. Autour d'elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent audehors, rendus inutiles par l'automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans... Pourtant le garder, c'est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.



Avis : Voici un ouvrage conseillé par une personne de mon entourage qui ne lit pratiquement pas de science-fiction, d'une autrice que je ne connaissais pas du tout. Suspens donc, et curiosité.

Il s'agit là d'un texte d'anticipation qui, de prime abord, propose un futur relativement noir, pollué, abîmé et en décrépitude. Le genre humain s'est perdu dans les méandres du commerce et des industriels, de la publicité, du tout chimique. Le style d'écriture, au début, paraît relativement maladroit. Le temps de narration et le déroulement m'ont un peu dérangée. Au fur et à mesure de l'avancée du récit cependant, soit que je me sois habituée, soit que le style de l'autrice se soit affirmé, le récit coule de mieux en mieux.

Côté contenu, des personnages marquants, humains, ballotés par une société où le vivant et le social ne veulent plus dire grand-chose ; des humains animés par une certaine idée de ce qu'est la vie, et qui se donnent les moyens de la vivre. Même à partir de rien.

J'ai beaucoup aimé les réflexions et analyse de notre société que l'autrice réalise à travers le prisme de ce récit de science-fiction. Beaucoup de choses qu'elle évoque sont pratiquement déjà là, elle se contente juste de les imaginer demain. Les interrogations amorcées sont réellement intéressantes : pourquoi chaque génération accuse la précédente de ruiner leur environnement mais ne fait rien ? Pourquoi, dans un monde où l'information est toujours accessible et où tout le monde est au courant (du réchauffement climatique, de l'état de pollution, de l'épuisement des ressources...), personne n'agit ? Surtout alors que des solutions alternatives existent (zéro déchet, repair café, permaculture, ...). Comment nous sommes-nous venus à nous enfermer ainsi ? Cherche-t-on à contrôler les gens, ou les gens sont-ils les acteurs d'un contrôle que l'on nous fait intérioriser ? Comment peut-on en arriver à une nourriture qui coûte toujours moins (et qui devient même gratuite dans cette histoire) ?

Pas vraiment de réponses, mais des pistes, des idées lancées avec une certaine justesse. Des questions qui peuvent paraître inquiétantes et étouffantes  lorsque l'on regarde autour de soi ; et pourtant, c'est avec une foi en l'être humain, un regard positif que l'autrice conclut son texte. Et ça fait du bien.

Une découverte très intéressante et enrichissante, à conseiller à toutes celles et ceux qui aimeraient imaginer un demain pas forcément tout noir.


    
C'est du bon !