mercredi 5 décembre 2018

L'étrange vie de Nobody Owens - Neil Gaiman






Résumé : Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brulée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...


Résumé : Plongée dans le monde très burtonien de Neil Gaiman à travers les aventures de Nobody Owens. J'ai retrouvé avec plaisir cette ambiance qui m'avait beaucoup plus dans Neverwhere, un brin glaçante, où les personnages de conte de fée ont des crocs et vous font dresser les cheveux sur la tête.

J'y ai également retrouvé cette narration simple et très "graphique" dans sa manière de mettre en scène les lieux, les personnages, les actions, mâtinée d'humour parfois au vitriol ; une narration qui évoque avec succès l'ambiance brumeuse et lugubre de l'accueillant cimetière de Nobody. Côté imagination et clins d'oeil, on est servi, l'auteur se fait plaisir avec les épitaphes des tombes, les énergumènes que celles-ci abritent, des trésors et des méchants aux longs couteaux.

Vampires, vouivres, fantômes, goules, sorcières, tout est là pour un conte à la fois glaçant et chaleureux, à lire emmitouflé dans son pull avec une bonne tasse de thé à portée de main lors d'une soirée de Toussaint.

Quant à l'histoire en elle-même, on a là une fort sympathique aventure, celle de Nobody qui découvre les embûches du monde des morts... mais aussi celles du monde des vivants, accompagnées de leur lot de personnages truculents.

Je reste cependant légèrement sur ma faim en ce qui concerne le dénouement de l'histoire, que j'ai trouvé un peu trop facile. Les Jack étaient une trouvaille assez chouette, je regrette qu'ils aient été si peu exploités tout au long de l'histoire, de même que je regrette que l'idée générale paraisse un peu brouillonne : au final, on ne sait pas bien qui ils sont, ni pourquoi ils font ce qu'ils font... alors que toute l'histoire repose sur les actes de l'un d'eux. L'auteur avait sûrement une idée précise, mais la façon dont cela a été mis en scène m'a paru confuse.

En soi donc, une aventure fort sympathique et particulièrement distrayante, qui tire surtout sa force de l'atmosphère, de l'ambiance que l'auteur tisse autour du lecteur... Même si, dans le même esprit, je lui ai davantage préféré Neverwhere, que j'ai trouvé plus abouti.


Se grignote au coin du feu...

Mes vrais enfants - Jo Walton







Résumé : Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès ? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

Avis : Mes vrais enfants propose un récit en deux temps, du point de vue de la même personne : celui de Patricia, une vieille dame âgée, qui ne sait plus très bien si elle perd complètement la mémoire, ou si elle a vécu deux histoires, dont les souvenirs de télescopent. Voilà donc le lecteur reparti dans son passé... passé dans lequel elle devra faire un choix qui bouleversera sa vie.

C'est à cet embranchement que l'histoire de divise en deux fils narratifs ; le premier où l'on suit une Patricia effacée, soumise à un mari pétri de religion, paternaliste et aigri, et où elle devient la mère au foyer qui trime toute la journée. Peu à peu, elle apprend à faire un pas de recul, se raccroche à ses enfants, puis fini par prendre sa vie en main et à s'engager en politique et dans des associations. La narration est d'autant plus fine que la brusque révolte à laquelle on s'attendrait ne vient pas ; Patricia subit son sort sans pour autant paraître "faible" : elle va, et c'est ce qui la rend si humaine. C'est un nouvel élément de sa vie qui la poussera à tout réorganiser.

Le second où l'on suit une Patricia émancipée, qui va partir à l'étranger, rencontrer une femme et fonder une famille. Cette Patricia découvre l'homosexualité dans une Angleterre qui la condamne et, au fil du temps, découvre la difficulté de mener une vie de famille, et même une vie tout court sans les droits qui la protègent. L'administration devient une barrière. Pour autant, elle trouve des solutions et continue à avancer.

Un récit particulièrement riche et prenant qui nous fait traverser le 20e siècle sur fond de luttes sociales, de libération sexuelle, d'émancipation des femmes. Les deux histoires de Patricia sont très différentes, mais toutes deux touchent à des sujets traités avec finesse, sans mélo et avec beaucoup d'humanité.

Plus qu'une uchronie, c'est davantage l'histoire d'une femme et celle d'une société ; passionnantes toutes les deux.