samedi 11 mai 2019

La Lyre et le Glaive, tome 1 : Diseur de mots - Christian Léourier





Résumé :  Lorsque Kelt se voit refuser le passage d'un pont parce qu'il ne peut s'acquitter du péage, il prédit l'effondrement de la construction. Ainsi sont les diseurs de mots, ils ont de drôle de pouvoirs, jamais ils ne mentent et, dit-on, leurs vérités ensorcellent. Accusé par le gardien du pont d'avoir jeté un sort à l'ouvrage, Kelt est arrêté. Heureusement pour lui, Hòggni, un mercenaire en mal de contrat, se porte volontaire pour le représenter lors d'une ordalie, et remporte le combat. Vexé, le seigneur local les envoie au devant du danger, en mission au Heldmark, où le culte d'un dieu unique se répand comme la peste.



Avis : Un ouvrage que j'attendais avec grande impatience. Christian Léourier fait partie des conteurs que j'affectionne, capable de vous plonger dans un monde travaillé, riche de cultures et pratiques différentes ; non pas une visite dans un autre monde fantasy "classique", tissé à partir de nos légendes, mais une virée complètement dépaysante dans un ailleurs. C'est ce tour de force que j'ai découvert à travers le merveilleux cycle de Lanmeur, et que j'ai retrouvé ici dans Diseur de mots.

Diseur de mots, c'est également cette magie qu'à l'auteur de tisser lentement et patiemment une trame fine et détaillée, dont les différents fils s'assemblent à la fin de manière subtile et complètement logique, sans pour autant tomber dans des explications lourdes et indigestes.

L'univers dans lequel les personnages évoluent se dévoile au fur et à mesure. Régi par un principe suprême, l'Axe-Divin incarné dans deux êtres parfaits garants de l'équilibre du monde, il est administré par des commanderies au sein desquelles les hartlee font office de chefs. Les religions y sont multiples et rendues à des dieux variés. Le surgissement d'un Dieu unique vient bouleverser cet ordre et devient prétexte à une guerre entre deux commanderies. Plus que l'histoire d'une guerre, c'est l'histoire de l'unité du monde, des croyances et de la remise en cause de ce qui est immuable.

Les personnages m'ont beaucoup plu. Comme dans tout monde de fantasy, on a des guerriers, des dirigeants, des paysans. Mais les principaux protagonistes de cette histoire ne sont pas des bretteurs hors pair, des combattants. Ils sont un diseur de mots qui ne maîtrise pas son talent et ne sait pas se servir d'une arme, une danseuse, un érudit... Leur but n'est pas la conquête, la vengeance, la gloire, mais l'amour, des chimères, le savoir. Des schémas que l'on croise peu dans ce genre et que j'ai beaucoup apprécié de voir mis en avant.

Si, contrairement à Lanmeur, ce texte n'est pas pour moi un coup de coeur, il reste une extraordinaire toile. Au-delà de l'aventure vécue, ce qui m'a complètement fascinée, c'est la façon dont Christian Léourier bâtit ses univers et nous les distille avec brio, par petites touches. A dévorer !

C'est du bon !




samedi 4 mai 2019

Le dompteur d'avalanches - Margot Delormes




Résumé : Bienvenue dans les tribulations montagnardes de Ditto, jeune garçon qui, lors d'une attaque de dragon, se découvre le don d' "écouleur" : il peut modifier la matière. Problème : dans hameau et ceux alentours, les écouleurs ne sont guère appréciés, et il risque fort de se retrouver livré aux mains d'une église peu tolérante avec les dons magiques. Ditto est contraint de fuir dans la montagne, à la recherche de la Lorlaïe, une créature qui pourrait peut-être l'aider... 


Avis : Un ouvrage particulier, que j'ai mis un certain temps à apprécier. Les premiers contacts avec l'univers de Margot Delorme paraissent relever du jeunesse : un bestiaire riche, un jeune garçon, certains passages qui peuvent paraître simples. 

Mais peu à peu j'ai été touchée par l'aspect un peu brut et atypique de l'ouvrage : le style et le vocabulaire. La narration est presque parlée. Au début c'est dérangeant. Et puis l'autrice adapte à son univers des mots de patois, des légendes, des mots trafiqués qui ressemblent au nôtre. Le tout donne un mélange plutôt subtil, fin, drôle, plein de clins d'oeil... et au final pas si simple (ni simplet) que ça.  On trouve des dahus au milieu des moutons et des chèvres, on évoque l' "Evrope"... J'ai beaucoup aimé certains clins d'oeil à plusieurs oeuvres, cinématographiques ou littéraires.

D'un premier tiers que j'ai traversé sans plus que ça, au reste de l'ouvrage que j'ai littéralement dévoré, en en apprenant plus sur le don de Ditto, sur les liens et implications des différents personnages au sein de ce monde magique, mon regard a vite changé. Même certains personnages qui m'agaçaient un peu au départ de par leur côté très jeunesse (un caracal bleu et une marmotte) me sont devenus sympathiques. 

Le seul gros point dommage, c'est d'avoir voulu vendre l'ouvrage, en quatrième de couverture, comme de la fantasy à la Miyazaki. Je pense que ça peut être un très gros point de déception pour les lecteurs qui s'attendent à cet aspect. Car de Miyazaki, je vois vaguement la mention d'un personnage dans une phrase qui pourrait s'y rattacher, mais sans plus. Je dois avouer que c'est ce qui m'a aussi tenue sur ce premier tiers où j'ai eu du mal à accrocher ; c'est à partir du moment où j'ai lâché la recherche de cet aspect que j'ai réellement apprécié l'ouvrage pour ce qu'il était. 

La fin est particulièrement sympa... et à ce stade, l'autrice a esquissé bien des choses, dont j'espère que nous pourrons lire plus avant dans d'éventuelles suites. 

En attendant, une très, très bonne surprise. J'en attendais du bien... mais cela a pris une forme autre que celle que j'attendais au départ. Un petit bijou de langue, d'univers et de finesse, que je vous engage à découvrir (sans vous attacher à Miyazaki ;) ).


C'est du bon !